Léon Perrin et les bustes

La Fondation Léon Perrin s'est proposé de présenter les différents domaines de la sculpture de Léon Perrin. C'est ainsi qu'en 1994 eut lieu une exposition sur les figures et que cette année les bustes font l'objet d'une nouvelle exposition. Afin de donner à ces bustes un souvenir autre que plastique, la Fondation présente quelques objets témoignant de l'activité des personnes dont Léon Perrin réalisa un buste.

Bustes

Léon Perrin immortalisa les traits de nombreux personnages, de La Chaux-de-Fonds le plus souvent, en modelant, coulant ou taillant. Ces portraits reflètent l'image de peintres (André Evard, Octave Matthey(, d'écrivains (Jean-Paul Zimmermann), de directeurs (Maurice Favre, Auguste Lalive), d'homme de droit et d'église (Jacques Cornu, Paul Pettavel), d'acteurs (Léon Mathot), de membres de sa famille (Alice Perrin, Jeanne Perrin, Lucien Perrin), de femmes, d'hommes et d'enfants (Tinon Hoffmann, Lise Pantillon).

Le nombre de bustes façonnés par Léon Perrin n'est certainement pas sans lien avec d'une part l'intensité de la vie culturelle chaux-de-fonnière, d'autre part la démocratisation du buste au XX ème siècle. La revue " L'Oeuvre " remarqua en 1934 que " des particuliers possèdent leur buste sculpté, modelé ou coulé, avant même que l'excellence de leurs oeuvres (...) ne justifie pareil hommage. (...). Ainsi, soit par l'effet de leur fortune, soit par la complaisance d'un sculpteur ami, ils peuvent caresser le sentiment de passer, à coup sûr à la postérité, (...). Cet état de chose ne fait que précipiter la tendance qui existe depuis fort longtemps et qui fera toujours davantage de la sculpture un art domestique. De sacrificatoire et monumentale qu'elle était, elle devint menue, privée, mobile, destinée à des intérieurs dans des maisons dépouillées de tout ornement. "(1) Le buste deviendrait ainsi un moyen de refléter, de poursuivre et d'immortaliser une existence quelle qu'elle soit, tout comme l'autobiographie ou la biographie, mais par l'écrit du plâtre, de la pierre et du bronze. Les lignes que l'on lit, les traits que l'on voit, le modelé que l'on touche se feraient l'écho d'une crainte ancestrale: l'effacement des traces de la vie d'un homme dans l'histoire. Or, ce n'est pas seulement , chez Perrin, celui dont le visage fut saisi qui perpétue son souvenir, mais aussi celui qui capta ce portrait et qui signa de son nom d'autres sujets.

Les bustes de Perrin sont marquants par leur naturel pétrifié, rappelant le réalisme des bustes romains. Le sculpteur, selon Maurice Jeanneret, " exige de lui-même d'atteindre la ressemblance tout en sachant bien que là n'est pas la fin : il existe des portraits ressemblants qui sont de piteuses choses, et des bustes hautement satisfaisant du point de vue sculptural pur où l'on ne reconnaît pas - ou à peine - le modèle. Une lutte extraordinairement dure commence , où il est écartelé. Il ne doit pas un instant cesser d'écouter certaine voix intérieure, tout en déployant des prodiges d'observations. Après la prise de possession globale du sujet, intervient " l'oeil savant qui découvre tous les traits, tous les méplats, tous les profils et, dans chaque partie, reconnaît toutes les parties ", tandis que le pousse exercé cherche les passages, les pèse avec prudence et les résout nerveusement. Ainsi, à force de soumission, il obtient une ressemblance absolue, tant sont exactes les proportions et justes les volumes, mais tout cela pourrait manquer de style, si l'individuel, le particulier l'emportait. Seulement tandis que l'ouvrier travaille sans relâche, que l'observateur ne quitte pas son guet, l'artiste et le poète veille avec passion: sans cesse il anime et du même coup confère un caractère de généralité à l'ouvrager plastique. C'est ainsi que la magnifique laideur de Jean-Paul Zimmermann, parfaitement reproduite, s'apparente à celles de Voltaire vu par Houdon ou de Socrate évoqué par l'antique anonyme, (...) qu'(...) André Evard [est] l'homme que frôle le génie, (...). (2)

Matériaux et fonderies

Pour ses bustes, Léon Perrin n'a utilisé que des matériaux naturels et traditionnels: le fer, l'aluminium, le plastique ou autre amalgame moderne n'ont pas asservis les mains du sculpteur. Il a surtout modelé le plâtre, taillé la pierre et patiné le bronze.

Matériaux

  1. Le plâtre
    Le plâtre est constamment présent dans l'oeuvre de Perrin notamment parce que son coût est moins onéreux que celui de la pierre et du bronze, qu'il est plus maniable et plus souple que ces derniers et qu'il est un passage obligé vers la réalisation en bronze, voire en pierre. Cette matière, contrairement à la pierre, permet à ce sculpteur de capter tous les détails. Les mains du modeleur peuvent pétrir, caresser le plâtre, modeler chaque relief d'un visage, façonner un buste qui semble, tant le travail est tactile, être animé d'une vie insufflée par les doigts de l'artiste. Les plâtres de Léon Perrin sont d'une part des études préparatoires qui connaîtront encore des modifications avant d'être exécutés en pierre ou en bronze, d'autre part des oeuvres en soi qui furent parfois coulées en bronze (Tinon Hoffmann) ou qui virent le reflet de leur image durci dans la pierre (Léon Mathot).
  2. La pierre
    Les diverses exécutions en pierre de Léon Perrin perdent de leur exactitude nuancée pour gagner en simplicité: les lignes s'épaississent, les courbes se durcissent afin de ne garder que l'essentiel. Ce dépouillement dans le traitement de la pierre est conforme à la rigueur de ce matériaux qui ne requiert pas des doigts sensibles, mais exige une main forte, saisissant la puissance de l'expression. Les pierres que le sculpteur taillent varient. L'artiste laisse ce matériaux brut ou le polit. Jouant avec le choix de la pierre et de son traitement, il donne à ses sculptures de la douceur, de la sévérité, de la puissance ou de la sérénité.
  3. Le bronze
    A ce jeu des surfaces lisses ou rugueuses, Léon Perrin s'adonne avec le bronze également en le patinant plus ou moins. La lumière reflétée par cette matière miroir ou absorbé par ce matériau morne donne à l'expression naturelle et spontanée que le sculpteur avait capté dans le plâtre une vie nouvelle. Contrairement à la pierre, la réalisation en bronze ne trahit pas le plâtre: " (...) il n'est pas de matière qui épouse avec plus de ductile fidélité ce que l'artiste a saisi dans sa quête des formes. Ce " surpris " que la pierre ne peut rendre, l'instantané de la vie dont la glaise porte le successif témoignage, en revanche, sont conservés dans leur pureté par la coulure au moule. "(3)

Fonderies

Pour les fontes en bronze, Léon Perrin avait recours au système antique de la cire perdue. Le sculpteur ne semble pas s'être adressé à la fonderie Pastori créée en 1919 à Genève. Par contre, nous savons, surtout grâce aux sceaux inscrits sur quelques unes de ses sculptures qu'il fit couler des bronzes à Mendrisio (TI) chez Brotal et chez F. Amici, à Gleresse (BE) chez C. Herzig, à Fleurier chez Reussner devenu depuis la fonderie Petit. Ces fonderies n'ayant pas conservé d'archives et n'ayant pas incrusté systématiquement leur sigle, il n'est pas possible de savoir à qui Léon Perrin s'est adressé pour chacune de ses fontes et à quel moment.


(1) Hebert MOOS, " Comment lire un buste sculpté ou modelé? ", in: L'Oeuvre, 1934 octobre.
(2)Maurice JEANNERET, Léon Perrin, sculpteur, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1949, pp. 31-32.
(3)Maurice JEANNERET, Léon Perrin, sculpteur, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1949, p. 30.

Marie-Eve Scheurer. Neuchâtel, juin 1997 .



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